Le mystérieux enfant retrouvé dans les murs du Castillet

Le mystérieux enfant retrouvé dans les murs du Castillet

Quand on regarde le Castillet de Perpignan, on pense surtout à l’un des symboles de la ville. Ses briques rouges, ses tours, son clocheton et la statue de la Vierge font partie du paysage perpignanais depuis des siècles.

Mais le Castillet cache aussi une histoire beaucoup plus mystérieuse.

En 1948, des travaux vont permettre de découvrir, dans un petit réduit muré du Petit Castillet, le squelette d’un enfant.

Qui était-il ? Pourquoi se trouvait-il là ? Et surtout, pourquoi avait-on caché son corps dans cet endroit ?

Aujourd’hui encore, toutes les questions n’ont pas trouvé de réponse.

Une fenêtre qui intrigue le nouveau bibliothécaire

Pour comprendre cette histoire, il faut remonter à 1948.

Cette année-là, Louis Xaragai prend ses fonctions de bibliothécaire municipal au Castillet.

Et dès son arrivée, quelque chose attire son attention.

Dans le mur du Petit Castillet, à gauche de la statue de la Vierge, se trouve une ancienne fenêtre encadrée de pierres blanches. Elle semble avoir été autrefois grillagée, mais elle est désormais bouchée.

Pourquoi cette ouverture a-t-elle été condamnée ?

Louis Xaragai demande que l’on dégage la fenêtre afin de voir ce qui se trouve derrière.

C’est là que l’histoire devient beaucoup plus étrange.

« Il y a un cadavre là-dedans ! »

Lorsque les maçons commencent à dégager l’ouverture, ils découvrent qu’elle donne accès à un petit espace caché.

Le réduit est minuscule : environ 3 mètres de long sur 80 centimètres de large, pour environ 2 mètres de hauteur. Il est fermé par une porte en bois renforcée de lames de fer.

Et à l’intérieur se trouve…

un squelette humain.

Plus précisément, le squelette d’un enfant.

Son corps repose sur une couche de terre d’environ 60 centimètres.

À côté des ossements, les personnes chargées de la découverte retrouvent différents objets : des morceaux de tissu, l’extrémité d’une chaussure en cuir, des os d’animaux correspondant vraisemblablement aux restes d’un repas, une assiette attribuée à l’époque de Louis XVI et une moitié de cruche.

Ces quelques objets rendent immédiatement l’affaire encore plus mystérieuse.

Car l’enfant ne semble pas avoir simplement été oublié dans un endroit quelconque.

Quelqu’un l’avait manifestement placé là.

Qui était cet enfant ?

La découverte soulève évidemment de nombreuses questions.

Qui était cet enfant ?

Quand est-il mort ?

Pourquoi son corps se trouvait-il dans ce réduit ?

Et surtout : pourquoi l’avoir enfermé là ?

Plusieurs hypothèses sont alors envisagées.

Et l’une d’entre elles est particulièrement spectaculaire.

Certains imaginent que le squelette pourrait être celui de Louis XVII, le fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette.

L’hypothèse paraît incroyable.

Louis XVII est mort en 1795, à l’âge de dix ans, dans la prison du Temple à Paris, selon l’histoire communément admise. Mais une théorie alternative avait déjà alimenté depuis longtemps les récits autour de sa disparition.

Dans le cas du Castillet, une version particulièrement romanesque imagine que le jeune dauphin aurait été confié à des commissaires chargés de négocier avec l’Espagne et qu’il serait mort au cours de ces négociations, avant que son corps ne soit dissimulé à Perpignan.

Le Castillet aurait alors conservé son secret pendant plus d’un siècle et demi.

Une histoire digne d’un roman historique !

Mais ce n’était pas Louis XVII

L’étude des restes va finalement permettre d’écarter cette hypothèse.

Le squelette ne correspond pas à celui de Louis XVII.

Plus important encore, les éléments étudiés conduisent à situer l’enfermement de l’enfant à la fin du XIXe siècle, bien après la mort de Louis XVII.

La grande hypothèse royale s’effondre donc.

Mais cela ne résout pas vraiment le mystère.

Car une question demeure :

qui était cet enfant ?

Et pourquoi quelqu’un l’avait-il enfermé dans ce petit espace du Castillet ?

Les sources qui racontent cette découverte ne permettent pas aujourd’hui de donner une identité certaine à l’enfant.

Un prisonnier du Castillet ?

Cette découverte prend une résonance particulière quand on connaît l’histoire du monument.

Le Castillet n’a pas toujours été seulement une porte fortifiée.

Au fil des siècles, il a notamment été utilisé comme prison, jusqu’à la fin du XIXe siècle. Le ministère de la Culture indique que l’édifice a été affecté à cet usage jusqu’en 1892.

On pourrait donc être tenté d’imaginer que cet enfant avait un rapport avec l’ancienne fonction carcérale du monument.

Mais là encore, prudence.

La découverte ne permet pas d’affirmer qui l’a enfermé ni pour quelle raison.

Et c’est justement ce qui rend cette histoire aussi intrigante : nous avons les ossements, quelques objets et un lieu très précis, mais pas l’histoire qui permettrait de relier tous ces indices.

Le Castillet garde encore son secret

Aujourd’hui, le Castillet est devenu un monument emblématique de Perpignan et abrite notamment la Casa Pairal, le musée catalan des Arts et Traditions populaires.

Difficile donc d’imaginer qu’un endroit aussi connu ait pu cacher pendant si longtemps un petit réduit muré contenant les restes d’un enfant.

Pourtant, c’est bien ce qui a été découvert en 1948.

Et finalement, ce que je trouve le plus intéressant dans cette histoire, ce n’est pas la légende de Louis XVII.

C’est justement le fait que nous ne savons toujours pas qui était cet enfant.

Les grandes histoires ont parfois besoin d’un roi, d’un complot ou d’un mystère extraordinaire pour devenir passionnantes.

Mais ici, même après avoir écarté l’hypothèse la plus spectaculaire, il reste une véritable énigme.

Un enfant.

Un petit réduit de quelques dizaines de centimètres de large.

Des morceaux de vêtements.

Une chaussure.

Les traces d’un repas.

Et plusieurs siècles d’histoire autour de lui.

Alors, quand vous passerez devant le Castillet, pensez-y.

Derrière les murs de cette imposante porte fortifiée, il y a eu des soldats, des prisonniers, des bibliothécaires, des visiteurs…

Et pendant longtemps, sans que personne ne le sache, un petit squelette attendait aussi derrière un mur.

Quant à son identité, elle reste encore aujourd’hui l’un des mystères les plus étonnants du Castillet. 🏰

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