Le trésor de Bompas : quand une pioche fait remonter 2 000 ans d’histoire !
Imaginez la scène : vous travaillez tranquillement dans un champ, vous donnez un coup de pioche dans la terre… et clac ! Vous venez de briser un récipient qui contient des centaines de pièces anciennes !
C’est un peu le rêve de tous les chasseurs de trésors, non ? Eh bien, dans les Pyrénées-Orientales, cette histoire est réellement arrivée. Elle remonte à 1910 et elle est connue sous le nom de trésor de Bompas.
Je vous emmène sur les traces de cette découverte qui nous ramène à l’époque où les Gaulois et les Romains circulaient dans le Roussillon.
Une découverte inattendue dans les vignes
Nous sommes le 23 décembre 1910. Un agriculteur nommé Banet travaille dans ses vignes, sur le territoire de Claira, non loin de Bompas.
Rien ne laisse présager que cette journée va faire parler de lui pendant des générations.
En travaillant la terre, sa pioche heurte un récipient en céramique. Celui-ci se brise et révèle un contenu pour le moins surprenant : des monnaies anciennes, cachées dans le sol depuis près de deux mille ans !
Le trésor est traditionnellement associé à Bompas, même si le lieu de découverte rapporté se situe sur le territoire de Claira. Voilà déjà une petite subtilité à garder en tête quand on mène une enquête historique !
Mais ce n’est que le début de l’histoire. Car ces pièces ne sont pas quelques pauvres sous oubliés au fond d’un pot. Il s’agit d’un ensemble monétaire exceptionnel, composé de monnaies gauloises et romaines.
Des centaines de pièces venues de l’Antiquité
Les publications consacrées au trésor évoquent environ 600 monnaies gauloises en argent, auxquelles s’ajoutent 13 deniers de la République romaine. Les inventaires anciens ne donnent pas tous exactement le même total pour les monnaies gauloises.
Les pièces gauloises sont notamment des drachmes dites « à la croix », un type de monnaie que l’on rencontre dans le sud de la Gaule. Quant aux deniers romains, ils nous rappellent que la monnaie de Rome circulait déjà dans la région.
Les spécialistes ont pu étudier ces monnaies et proposer une date d’enfouissement autour des années 70 avant notre ère.
Deux mille ans plus tard, les pièces nous livrent donc des indices sur la vie économique du Roussillon antique.
Attention, cela ne signifie pas que nous savons exactement qui a caché le trésor, ni pourquoi. Était-ce la réserve d’un marchand ? L’argent d’une famille ? Une somme dissimulée en période troublée ? Sans preuve supplémentaire, impossible de trancher.
Et c’est justement ce qui rend cette découverte si fascinante : nous avons les objets, mais une partie de leur histoire nous échappe encore.
Pourquoi cacher autant de monnaie ?
C’est la question que je me suis posée en découvrant cette histoire.
Pour nous, aujourd’hui, une pièce de monnaie sert à payer un achat ou peut finir dans une collection. Dans l’Antiquité, les monnaies en argent représentaient une valeur importante. Un ensemble de plusieurs centaines de pièces pouvait donc constituer une réserve précieuse.
Mais cacher une telle somme n’était pas anodin. Peut-être son propriétaire souhaitait-il la mettre à l’abri. Peut-être pensait-il revenir la récupérer.
Nous ne connaissons pas la réponse.
Ce que nous savons, en revanche, c’est que le trésor a été enfoui puis oublié. Le temps a fait son travail : les générations ont passé, le récipient est resté sous terre et le secret a attendu qu’une pioche vienne le réveiller.
Je trouve cette idée assez vertigineuse. Pendant que des siècles d’histoire se déroulaient à la surface, ces pièces restaient là, silencieuses, juste sous nos pieds !
Un trésor qui traverse les époques
La découverte de 1910 a ensuite connu une histoire mouvementée. Les récits locaux évoquent une partie des monnaies conservée ou dispersée au fil du temps, puis une réapparition d’une partie du trésor à la fin du XXe siècle.
Il faut toutefois rester prudent sur les détails de cette transmission : les différentes étapes de l’histoire ne sont pas toutes documentées avec la même précision.
Aujourd’hui, le trésor de Bompas fait partie des ensembles présentés au musée des monnaies et médailles Joseph-Puig, à Perpignan. Il est ainsi possible de découvrir ces témoins de l’Antiquité dans un musée, loin des vignes où ils ont été retrouvés.
Et c’est finalement une belle destinée pour ces pièces : elles ont quitté leur cachette pour devenir des objets d’étude et de mémoire.
Bompas, Claira et le Roussillon à l’époque gauloise
Ce trésor ne nous raconte pas seulement l’histoire d’un agriculteur chanceux. Il nous rappelle aussi que notre région était déjà traversée par des échanges et des circulations monétaires bien avant l’époque médiévale.
Les monnaies gauloises témoignent de pratiques économiques propres aux peuples du sud de la Gaule. Les deniers romains, eux, montrent la présence de pièces frappées dans le monde romain.
Le trésor ne permet pas, à lui seul, de reconstituer toute l’histoire du territoire. Mais il constitue un indice précieux pour les archéologues et les numismates, ces spécialistes qui étudient les monnaies anciennes.
Et moi, je trouve ça incroyable : un simple objet retrouvé dans la terre peut nous aider à comprendre un monde disparu depuis plus de deux mille ans.
La prochaine fois que vous vous promènerez dans la plaine du Roussillon, regardez bien où vous mettez les pieds. Je ne vous conseille pas de vous promener avec une pioche, évidemment… mais sous nos paysages familiers se cachent parfois des histoires extraordinaires !
Et si jamais vous trouvez un vieux pot, appelez d’abord les spécialistes. Moi, je suis curieuse, mais je préfère laisser les archéologues faire parler les trésors !
Aina