Le tambour de Sahorre : quand le fer descendait du Canigou
Quand on se promène sur les hauteurs de Sahorre, il faut parfois savoir regarder autour de soi.
Entre les arbres, les fougères et les anciens chemins miniers, on découvre les traces d’une époque où le Canigou n’était pas seulement une montagne : c’était aussi un immense territoire minier.
Et parmi ces vestiges, il y en a un qui m’a particulièrement intriguée : le tambour de Sahorre.
Au premier regard, on pourrait presque croire à un petit bâtiment industriel abandonné.
Mais à l’intérieur se trouve une grosse pièce en bois qui raconte une histoire beaucoup plus importante qu’elle n’en a l’air.
⚒️ À quoi servait ce drôle de tambour ?
Le tambour était en réalité un grand treuil en bois.
Son fonctionnement était assez ingénieux : un long câble était enroulé autour du tambour. À l’autre extrémité, des wagonnets transportaient le minerai de fer extrait des galeries du Canigou.
En faisant tourner le tambour, on pouvait donc réguler le déplacement des wagonnets le long de la pente.
Imaginez la scène : des wagonnets chargés de minerai descendent ou remontent le long de la montagne, reliés par un câble à ce gros tambour.
Et tout cela sur les pentes du Canigou !
Le système permettait notamment d’acheminer le minerai depuis le niveau 725 jusqu’à une trémie en bois située près de la ligne du chemin de fer minier.
Le minerai poursuivait ensuite son voyage vers l’usine de grillage de Corneilla, puis vers les hauts-fourneaux de Ria.
Le Canigou ne fournissait donc pas seulement le minerai : il fallait ensuite réussir à le faire descendre de la montagne et à l’acheminer jusqu’aux installations où il allait être transformé.
🚃 Le carreau minier du Sénégal
Le tambour était installé sur le carreau minier du Sénégal.
Et contrairement à ce que son nom pourrait laisser croire, nous sommes toujours bien à Sahorre ! 😉
Le dispositif que l’on peut voir aujourd’hui fut construit en 1901.
À cette époque, le site ne se limitait pas au tambour.
À côté de l’abri maçonné qui protégeait la bobine se trouvaient également un bureau, un atelier équipé d’une forge et d’une menuiserie, ainsi qu’un transformateur électrique.
On était donc en présence d’un véritable petit ensemble industriel installé dans la montagne.
🌲 Des traces cachées dans la végétation
Aujourd’hui, le paysage a bien changé.
La forêt et la végétation ont repris leur place et les anciennes installations minières sont devenues beaucoup plus discrètes.
Mais elles ne sont pas forcément complètement disparues.
En empruntant le sentier du Baron pour rejoindre le tambour, j’ai découvert une trace particulièrement intéressante.
Le chemin passe à côté d’un ancien pilier en bois qui servait autrefois de support aux câbles.
Le pilier a été abattu depuis longtemps et, aujourd’hui, il est presque entièrement recouvert de mousse et dissimulé sous les fougères.
Il est pourtant toujours là.
J’aime beaucoup ce genre de détail : il suffit parfois de quitter le chemin des yeux quelques secondes pour retrouver un morceau de l’ancienne installation minière.
⛏️ Une montagne pleine de fer
Le tambour de Sahorre témoigne d’une histoire beaucoup plus vaste.
Les montagnes situées autour de Sahorre et de Thorrent étaient riches en minerai de fer. Les galeries de Meners et de Thorrent alimentaient notamment le haut fourneau de Ria.
L’exploitation du fer dans ce secteur serait ancienne, puisqu’elle remonterait au Moyen Âge, peut-être dès le Xe siècle.
Mais c’est surtout aux XIXe et XXe siècles que l’activité minière prit une véritable ampleur et que les installations furent modernisées.
Le tambour fait partie de ces équipements qui permettaient de transporter le minerai dans un environnement particulièrement difficile : ici, il fallait composer avec les fortes pentes de la montagne.
Puis, progressivement, l’exploitation déclina.
La mine de fer de Sahorre fut finalement exploitée jusqu’en 1962, date qui marque la fermeture définitive de la plupart des mines du Conflent.
🏗️ Un vestige remis en valeur
Heureusement, le tambour n’a pas disparu.
Le bâtiment qui l’abrite aujourd’hui a été réhabilité en 1996, dans le cadre du projet de la Route du fer du Canigó.
Le câble a également été réinstallé à des fins pédagogiques.
Même si le système de motorisation d’origine a disparu, l’ensemble permet encore de comprendre le principe de fonctionnement de cette installation.
Et c’est finalement ce que j’aime dans ce genre de vestige.
On regarde un gros tambour en bois.
On pourrait passer devant sans vraiment comprendre ce que l’on a sous les yeux.
Mais quand on sait qu’il servait autrefois à déplacer des wagonnets remplis de minerai de fer, reliés par un câble qui courait sur les pentes du Canigou, le paysage prend une tout autre dimension.
Les arbres cachent aujourd’hui les anciennes installations.
Les fougères recouvrent les vieux piliers.
Les mines ont fermé depuis longtemps.
Mais ici, au-dessus de Sahorre, il reste encore suffisamment de traces pour faire revivre, un instant, la montagne industrielle du Canigou.
Et moi, je vais continuer à ouvrir les yeux…
Parce que si un vieux pilier couvert de mousse peut encore raconter une histoire, je suis certaine que le Canigou en cache beaucoup d’autres ! 😊