À Prats-de-Mollo, une taxe sur le sel a déclenché une révolte contre le roi !

Coucou, c’est Aina !
Aujourd’hui, je vous emmène à Prats-de-Mollo-la-Preste, dans le Haut-Vallespir, pour vous raconter une histoire étonnante. Imaginez un peu : au XVIIe siècle, un simple produit du quotidien, le sel, va provoquer une révolte qui durera plusieurs années et donnera naissance à un groupe de résistants surnommés les Angelets de la Terra !
Mais pourquoi le sel, me direz-vous ? On ne parle tout de même pas d’or ou de pierres précieuses ! Eh bien, à cette époque, le sel était indispensable à la vie quotidienne, notamment pour les éleveurs. Et lorsque le pouvoir royal décida d’imposer une nouvelle taxe, la colère monta dans les vallées catalanes.
Le Roussillon change de royaume
Pour comprendre cette histoire, il faut remonter à 1659. Cette année-là, le traité des Pyrénées met fin à une longue guerre entre les monarchies française et espagnole. Une partie des territoires catalans, dont le Roussillon, passe sous l’autorité du roi de France, Louis XIV.
Pour les habitants du Vallespir, cette nouvelle situation ne signifie pas seulement qu’ils ont désormais un autre souverain. Elle entraîne aussi des changements dans les règles, les impôts et les échanges commerciaux.
Depuis longtemps, les habitants des deux versants des Pyrénées entretiennent des relations étroites. On se déplace pour vendre, acheter, travailler ou faire paître les troupeaux. La montagne est une frontière géographique, mais elle n’empêche pas les échanges entre les communautés catalanes.
Or, le nouveau pouvoir entend progressivement imposer ses règles fiscales. Et c’est là que les choses se compliquent.
Le sel, un produit indispensable
En 1661, Louis XIV fait instaurer la gabelle dans le Roussillon. La gabelle, c’est un impôt sur le sel dont la perception est étroitement contrôlée par le pouvoir royal.
Aujourd’hui, nous achetons du sel sans trop réfléchir à son prix. Au XVIIe siècle, il est pourtant essentiel : il sert à conserver les aliments, mais aussi à nourrir les animaux d’élevage. Dans les hauts cantons du Vallespir, où les troupeaux jouent un rôle important dans l’économie locale, en avoir en quantité suffisante est indispensable.
Jusqu’alors, les habitants pouvaient notamment se procurer du sel venu du versant sud des Pyrénées, en particulier de Catalogne. Mais le nouveau système fiscal et les restrictions sur les importations rendent ces approvisionnements plus difficiles et plus coûteux.
Le sel devient donc un sujet de mécontentement majeur. Les habitants n’acceptent pas facilement de devoir payer davantage pour un produit dont ils ont besoin au quotidien, alors même qu’ils considèrent que leurs anciennes libertés et leurs usages locaux ne sont pas respectés.
La colère ne vient donc pas seulement du prix du sel. Elle est aussi liée à la défense des droits et des coutumes auxquels les communautés catalanes sont attachées.
Les premiers affrontements éclatent
En 1663, la situation dégénère à Saint-Laurent-de-Cerdans, dans le Vallespir. Des muletiers du village sont arrêtés par les gardes chargés de surveiller le commerce du sel. Une partie de la population se soulève et des gardes sont tués.
Cet épisode marque une étape importante dans ce qui deviendra la révolte des Angelets. Les tensions se multiplient ensuite entre les habitants et les agents chargés de faire respecter la gabelle.
Les gardes contrôlent les marchandises, recherchent le sel de contrebande et interviennent dans les villages. Les habitants, de leur côté, continuent à s’approvisionner de l’autre côté des Pyrénées, où le sel peut être obtenu à de meilleures conditions.
Les incidents deviennent de plus en plus violents. Des habitants sont arrêtés, des convois sont interceptés et les affrontements se succèdent.
Ce qui aurait pu rester une contestation locale prend progressivement une autre dimension : dans le Vallespir, la résistance au nouvel impôt devient un mouvement organisé.
Josep de la Trinxeria et les Angelets de la Terra
C’est ici qu’entre en scène un personnage important de cette histoire : Josep de la Trinxeria, un habitant de Prats-de-Mollo.

À partir de 1667, il contribue à organiser des groupes armés qui s’opposent aux représentants de la gabelle. Des paysans et des artisans de différentes localités du Vallespir rejoignent le mouvement.
Ces résistants sont connus sous le nom d’Angelets de la Terra. Ils attaquent les agents chargés de percevoir l’impôt et organisent la circulation du sel de contrebande. Ils cherchent également à empêcher les habitants de s’approvisionner dans les dépôts royaux.
Leur mouvement bénéficie d’un soutien important dans la région, où la gabelle est largement rejetée. Pour les autorités françaises, cette résistance devient un véritable problème militaire et politique.
Il ne s’agit donc plus seulement de quelques habitants qui refusent de payer une taxe. Les Angelets contestent concrètement l’application du nouvel ordre fiscal dans les vallées.
Prats-de-Mollo au cœur de la révolte
La ville de Prats-de-Mollo occupe une place centrale dans ces événements, notamment parce que Josep de la Trinxeria en est originaire.
En janvier 1670, les Angelets s’emparent de Prats-de-Mollo et contrôlent une grande partie de la haute vallée du Tech. La ville devient alors l’un des principaux foyers de la résistance.
Mais le pouvoir royal ne compte pas laisser la situation perdurer. Des troupes sont envoyées pour reprendre le contrôle de la région.
Au printemps 1670, les forces royales remportent une victoire décisive au col de la Regina, près de Prats-de-Mollo. La répression qui suit est sévère : des habitants sont condamnés, des biens sont confisqués et plusieurs familles subissent les conséquences de leur participation à la révolte.
La résistance ne disparaît pas immédiatement, mais le mouvement perd progressivement sa capacité à tenir le territoire face à l’armée royale. La révolte des Angelets appartient à ces épisodes où la défense des usages locaux se mêle aux tensions politiques provoquées par le changement de souveraineté.
Une histoire qui a laissé une trace dans le Vallespir
Quand on se promène aujourd’hui dans les ruelles de Prats-de-Mollo, on admire surtout ses remparts, ses portes fortifiées et son patrimoine médiéval. Pourtant, la ville a aussi été le théâtre d’une histoire mouvementée, au moment où le Roussillon apprenait à vivre sous l’autorité de la monarchie française.
La révolte des Angelets nous rappelle que les grands événements historiques ne se résument pas aux décisions des rois et aux traités signés dans les palais. Ils se jouent aussi dans les villages, sur les chemins de montagne et dans les marchés, lorsque des décisions politiques bouleversent la vie quotidienne.
Et tout cela à cause du sel !
Bon, je ne dis pas qu’il faut se révolter chaque fois que le prix du sel augmente dans les magasins… Mais cette histoire montre qu’un produit très ordinaire peut devenir le symbole d’une question beaucoup plus grande : qui décide des règles, et jusqu’où les habitants sont-ils prêts à les accepter ?
Finalement, au XVIIe siècle, dans le Vallespir, le sel a vraiment mis du piquant dans l’histoire !