Saint-Martin de Fenollar : la petite chapelle qui cache un incroyable trésor
Il y a des endroits que l’on découvre parce qu’on les cherche… et puis il y a ceux sur lesquels on tombe complètement par hasard.
Saint-Martin de Fenollar fait partie de la deuxième catégorie. 😊
Je me promenais dans la campagne autour de Maureillas-Las-Illas lorsque j’ai découvert cette toute petite chapelle, installée tranquillement au milieu des champs, pas très loin du Boulou. De l’extérieur, franchement, rien ne laisse vraiment imaginer ce qui se trouve à l’intérieur.
Et c’est justement ce qui m’a surprise.
Parce que derrière ses murs très simples se cachent des peintures du XIIe siècle remarquablement conservées. Et là, je dois vous avouer que je ne m’y attendais absolument pas !
Une petite chapelle au milieu des champs
Saint-Martin de Fenollar se trouve au sud de Maureillas-Las-Illas, à proximité de la route qui relie Le Boulou au Perthus.
Pour y arriver, il faut quitter la route principale par une petite voie située environ 200 mètres avant le passage sous l’autoroute. Elle conduit directement vers la chapelle.
Le bâtiment paraît presque modeste lorsqu’on arrive.
Une petite nef, un clocheton discret, quelques fenêtres étroites et un portail en plein cintre : rien de particulièrement spectaculaire au premier regard. À côté se trouve un bâtiment annexe qui servait autrefois de logement, tandis qu’une grande croix en pierre occupe la petite cour.
Mais j’ai appris depuis qu’il ne fallait surtout pas juger cette chapelle sur son apparence extérieure !
Elle est dédiée à saint Martin de Tours, l’un des saints les plus importants de la chrétienté. Né en 316 à Savaria, dans l’Empire romain, et mort en Gaule en 397, saint Martin est notamment connu pour avoir partagé son manteau avec un pauvre.
Mais ici, ce n’est pas la statue du saint qui m’a impressionnée.
C’est ce qu’il y a derrière lui.
Une toute petite église
L’intérieur est à l’image de l’extérieur : petit.
La nef mesure seulement 9,50 mètres de long sur 3,40 mètres de large. Elle est divisée en trois travées par deux arcs doubleaux. Au fond se trouve une petite abside rectangulaire, de 3,20 mètres sur 2,40 mètres, couverte d’une voûte en forme de fer à cheval.
Cette forme est assez caractéristique des églises carolingiennes que l’on retrouve dans le Languedoc et de l’autre côté des Pyrénées, avec une influence probablement mozarabe.
Mais honnêtement, quand on entre, ce ne sont pas les dimensions de l’édifice que l’on remarque en premier.
Ce sont les couleurs.
Les peintures du XIIe siècle
L’abside est entièrement occupée par un extraordinaire décor peint.
Au sommet de la voûte apparaît un Christ en majesté, la main gauche levée pour bénir. Autour de lui sont représentés les quatre évangélistes, sous la forme d’anges accompagnés de leurs animaux symboliques.
Un peu plus bas, Marie apparaît dans un médaillon carré, entourée de deux anges.
Et sur les côtés…
Vingt-quatre vieillards !
Ils sont assis sur leurs trônes et regardent vers l’est. Chacun tient une cithare dans une main et une coupe dans l’autre. Ils correspondent aux vingt-quatre vieillards de la vision de l’Apocalypse.
Entre eux et la voûte court une frise rouge et jaune composée de losanges. Elle est accompagnée d’un long texte en latin tiré de cette vision de l’Apocalypse.
Même sans comprendre le latin, je trouve ça assez fascinant de se dire que ces personnages et ces inscriptions sont là depuis près de neuf siècles.
Et puis il y a les couleurs.
De l’ocre, du rouge, du vert… des teintes qui donnent à l’ensemble une atmosphère très particulière.
Moi qui venais simplement découvrir une petite chapelle perdue dans la campagne, je me suis retrouvée devant un décor peint du XIIe siècle !
Comme un livre racontant la vie du Christ
Les peintures ne s’arrêtent pas à la voûte.
Dans la partie basse des murs, plusieurs scènes racontent des épisodes de la vie du Christ. C’est un peu comme un livre d’images destiné à raconter l’histoire de l’Incarnation à ceux qui entraient dans la chapelle.
Certaines scènes ont malheureusement été endommagées au fil du temps.
La Nativité est encore visible, mais d’autres représentations ont été partiellement détruites, notamment lorsqu’une porte a été ouverte dans le mur du chevet.
Malgré cela, le décor reste exceptionnel.
Il est même considéré comme le plus important décor peint du Roussillon.
Et ce qui m’a le plus étonnée, c’est son état de conservation.
Bien sûr, les peintures ont souffert et certaines parties ont disparu. Mais après presque neuf siècles, voir autant de couleurs et de personnages encore reconnaissables dans une si petite chapelle est vraiment impressionnant.
On raconte d’ailleurs que la force expressive de ces peintures et leurs tonalités auraient inspiré des artistes comme Braque et Picasso.
Je ne sais pas ce qu’ils en auraient pensé eux-mêmes, mais je comprends très bien qu’on puisse être marqué par un décor aussi particulier !
Une histoire beaucoup plus ancienne que je ne pensais
En me renseignant sur la chapelle, j’ai aussi découvert que le lieu était beaucoup plus ancien que les peintures.
Saint-Martin de Fenollar est mentionnée dès 844, sous la forme ecclesia Sancti Martini ad ipsas Fellonicas. D’autres formes du nom apparaissent ensuite au fil des siècles, jusqu’à ce que « Fonollar » finisse par s’imposer.
Et justement, ce nom raconte quelque chose.
La forme ancienne Fullonicas semble dériver du latin fullo, qui désigne un moulin à foulon, utilisé notamment dans le travail des étoffes. Le nom pourrait donc être lié aux anciens moulins drapiers installés sur la rivière.
Le lieu était également connu sous un autre nom : La Mahut.
Cette appellation pourrait venir de Mahaut, une forme populaire du prénom Mathilde. L’historien Pierre Ponsich a proposé une hypothèse particulièrement intéressante : il pourrait s’agir de Mahaut, vicomtesse de Castelnou, qui possédait Saint-Martin de Fenollar au XIIe siècle et aurait peut-être été à l’origine de la réalisation des fresques.
Une hypothèse, donc, mais qui ajoute encore un petit mystère à cette chapelle.
Une ancienne commune !
Et ce n’est pas tout.
Saint-Martin de Fenollar était autrefois une paroisse rattachée à Maureillas, tout en possédant sa propre chapelle. En 1790, le territoire devient même une commune indépendante.
Mais cette indépendance ne dura pas très longtemps.
La population était extrêmement faible et dispersée. En 1822, seulement 46 habitants vivaient sur le territoire, dans des habitations éparses et avec très peu de ressources.
La commune fut donc finalement rattachée à Maureillas.
La décision préfectorale fut prise le 14 décembre 1822, confirmée par une ordonnance royale le 2 avril 1823, puis appliquée le 7 avril.
Depuis, Saint-Martin de Fenollar n’est plus une commune, mais la chapelle est toujours là.
Et heureusement !
Une découverte que je ne suis pas près d’oublier
Je crois que c’est justement ce genre d’endroit que j’aime particulièrement.
On arrive devant une petite chapelle qui semble presque banale. On pousse la porte… et soudain, on découvre un décor vieux de près de neuf cents ans.
Je ne connaissais absolument pas Saint-Martin de Fenollar avant de venir ici. Et pourtant, c’est probablement l’une des découvertes qui m’a le plus surprise.
Si vous passez dans le secteur du Boulou ou de Maureillas, prenez donc le temps de faire un petit détour.
La visite est payante, mais le tarif reste modique. Il est également possible de demander une visite guidée, consacrée à la chapelle et surtout à ses peintures.
Et surtout, prenez votre temps.
Entrez, regardez la voûte, observez les personnages, les couleurs et les petits détails.
Parce que derrière cette petite façade toute simple se trouve un véritable morceau du Roussillon médiéval.
Et ça, franchement, je ne m’y attendais pas ! ❤️
🎒 Le sac à dos d’Aina
| À mettre dans le sac | Pourquoi ? |
|---|---|
| 👟 Des chaussures fermées | Même si la chapelle est facilement accessible, les chemins autour sont des chemins de campagne. |
| 💧 Une bouteille d’eau | Le soleil peut taper fort dans les Albères, surtout en été. |
| 📱 Un téléphone | Pour prendre quelques photos… si c’est autorisé ! |
| 🧢 Une casquette | Parce qu’entre deux découvertes patrimoniales, il faut aussi se protéger du soleil. |
| 👀 Un peu de curiosité | C’est probablement le plus important : l’extérieur de la chapelle ne laisse absolument pas deviner ce qui se cache à l’intérieur ! |