Le Lydia : le paquebot que l’on a planté dans le sable pour créer une station balnéaire

Le Lydia : le paquebot que l’on a planté dans le sable pour créer une station balnéaire

Quand on arrive au Barcarès, il y a une chose qu’il est difficile de manquer.

Un immense paquebot posé sur la plage.

Pas amarré dans un port. Pas échoué à la suite d’une tempête. Non : posé là volontairement !

Et si vous pensez que le Lydia est simplement devenu une curiosité touristique après avoir terminé sa carrière maritime, vous allez voir que son histoire est beaucoup plus étonnante.

Car dans les années 1960, ce paquebot va jouer un rôle très particulier : il va contribuer au lancement d’une station balnéaire presque entièrement nouvelle.

Un paquebot pour faire parler d’un endroit qui n’existe pas encore

Dans les années 1960, le littoral du Languedoc-Roussillon est encore très différent de celui que nous connaissons aujourd’hui.

L’État souhaite développer le tourisme sur cette côte et créer de nouvelles stations balnéaires. C’est dans ce contexte que naît le projet de Port-Barcarès.

Mais comment faire connaître une station qui est encore largement à construire ?

La réponse imaginée par les promoteurs est pour le moins spectaculaire.

Pourquoi ne pas installer… un véritable paquebot sur la plage ?

Le navire choisi s’appelle alors le Moonta. Construit en 1931, il a déjà connu plusieurs vies et plusieurs noms avant d’arriver sur les côtes du Roussillon.

Il est finalement acheté pour devenir l’emblème de la future station.

Et là, une question se pose : comment fait-on pour mettre un paquebot sur la plage ?

Eh bien… on creuse !

Un chenal au milieu du sable

Le Lydia ne pouvait évidemment pas simplement être tiré sur la plage depuis la mer.

Il fallait donc préparer son arrivée.

Un chenal d’environ 600 mètres est creusé depuis la mer jusqu’à l’emplacement prévu pour le navire. Une véritable souille, c’est-à-dire un bassin suffisamment profond pour permettre au paquebot de pénétrer dans les terres, est également aménagée.

Et même la manière d’acheminer le matériel nécessaire à ces travaux est assez incroyable.

Une drague flottante utilisée pour creuser le chenal doit être amenée depuis l’étang de Salses jusqu’à la mer.

Le problème ?

Il y a du sable entre les deux.

La solution consiste à faire avancer la drague sur environ 750 mètres, installée sur de gros boudins gonflés d’air !

Rien que cette opération donne une idée de l’ampleur du projet.

Mais le plus spectaculaire reste encore à venir.

Le 11 juin 1967, le paquebot arrive

Le 11 juin 1967, le Lydia arrive depuis Marseille, remorqué par deux bateaux.

Depuis la plage, des engins de chantier tirent sur des câbles fixés à la proue pour guider le paquebot dans le chenal.

On imagine facilement la scène : d’un côté, deux remorqueurs en mer ; de l’autre, des engins de chantier sur la plage ; et au milieu, un énorme paquebot qui avance lentement vers son nouvel emplacement.

Mais la tramontane décide de participer à l’opération.

Une élingue se rompt sous l’effet du vent et le Lydia commence à dériver.

Heureusement, les remorqueurs parviennent à reprendre le contrôle du navire et à le remettre dans l’axe.

Le paquebot atteint finalement l’emplacement prévu.

Mais il reste encore à le mettre définitivement en place.

Comment immobiliser un paquebot dans le sable ?

Le Lydia n’est pas simplement abandonné là où il s’est arrêté.

Il faut le positionner, le faire pivoter et surtout le surélever.

Une fois installé, le navire est placé environ trois mètres au-dessus du niveau de la mer, puis solidement immobilisé dans le sable.

Voilà donc un ancien paquebot transformé en bâtiment terrestre.

Et pas n’importe quel bâtiment.

Il devient immédiatement l’un des symboles de la nouvelle station.

Le premier grand « bâtiment » de Port-Barcarès

C’est probablement l’aspect le plus amusant de cette histoire.

Le Lydia arrive alors que Port-Barcarès est encore en pleine construction.

Il n’y a pas encore la station que nous connaissons aujourd’hui, avec ses immeubles, ses commerces et ses rues.

Le paquebot devient donc en quelque sorte le premier grand repère architectural de la station.

On pourrait presque dire que Port-Barcarès commence avec un bateau !

Et ce n’est évidemment pas un hasard.

Le Lydia est avant tout un formidable coup de communication.

Un immeuble neuf, même très moderne, aurait peut-être attiré quelques regards.

Mais un paquebot de près de 90 mètres installé au milieu de la plage ?

Impossible de ne pas le remarquer.

Une publicité géante sur la plage

Le pari semble fonctionner.

Le Lydia attire rapidement les curieux et devient une attraction à part entière.

Dès l’été 1967, alors que la station est encore en train de naître, environ 300 000 visiteurs montent à bord.

Imaginez l’effet produit.

Des vacanciers viennent voir le paquebot… et découvrent en même temps ce nouveau territoire touristique en construction.

Le bateau devient donc bien plus qu’un simple décor.

Il sert à faire connaître Port-Barcarès.

C’est finalement une forme de publicité assez géniale : au lieu d’expliquer qu’une nouvelle station balnéaire est en train de naître, on pose un paquebot géant sur la plage et on laisse les gens venir le voir !

Et le Lydia est toujours là

Aujourd’hui, lorsque je regarde le Lydia, je trouve amusant de penser à son étrange destin.

Il a commencé sa carrière comme navire, a parcouru les mers, puis a terminé sa vie maritime pour devenir… un bâtiment.

Et pas n’importe lequel : un bâtiment volontairement installé sur une plage pour contribuer à faire naître une ville nouvelle.

Il est devenu tellement associé au Barcarès que l’on pourrait presque oublier qu’il n’a pas toujours été là.

Pourtant, son arrivée raconte une époque où l’on imaginait de manière très ambitieuse l’avenir du littoral méditerranéen.

🏖️ Le Lydia n’est donc pas simplement un paquebot échoué sur la plage.

C’est un morceau de l’histoire de la création de Port-Barcarès.

Et finalement, quand on sait tout ce qu’il a fallu mettre en œuvre pour le faire arriver ici, une chose est certaine :

on ne pourra plus jamais dire que les Barcarésiens ont fait les choses à moitié ! 😄

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