Quand Salvador Dalí débarqua à Céret en calèche et en fanfare !

Quand Salvador Dalí débarqua à Céret en calèche et en fanfare !

Imaginez un peu la scène : vous êtes à Céret, un jour d’été 1965. Les rues sont pleines de monde, une fanfare résonne, les pompiers sont de sortie et une calèche traverse la ville. À l’intérieur ? Salvador Dalí, le célèbre peintre catalan à la moustache pointue, accompagné de son épouse Gala.

Vous pensez assister à une simple visite officielle ? Pas du tout ! Le 27 août 1965, Dalí transforme Céret en véritable théâtre à ciel ouvert. Au programme : un rhinocéros en carton, une annonce de mariage, un squelette géant et une mystérieuse cérémonie de résurrection.

Coucou, c’est Aina ! Je vous raconte cette journée complètement folle, qui ressemble à une histoire inventée… mais qui a bel et bien eu lieu !

Céret, une ville qui attire les artistes

Avant de suivre Dalí dans les rues de Céret, il faut comprendre pourquoi sa venue était un événement.

Au début du XXe siècle, cette petite ville du Vallespir est devenue un lieu important pour l’art moderne. Des artistes comme Pablo Picasso et Georges Braque y ont séjourné et travaillé. Ils ont participé à l’essor du cubisme, un mouvement artistique qui bouleversait les façons traditionnelles de représenter le monde.

Céret a ainsi gagné une réputation internationale auprès des artistes. Son musée d’art moderne, inauguré en 1950, témoigne de cette histoire et continue de faire vivre cette tradition artistique.

Dans les années 1960, la ville souhaite accueillir un autre grand nom de l’art : Salvador Dalí. Le peintre vit alors principalement à Portlligat, près de Cadaqués, en Catalogne espagnole. Il est célèbre dans le monde entier, autant pour ses tableaux surréalistes que pour sa personnalité extravagante.

Le 27 août 1965, il vient enfin à Céret. Et, fidèle à lui-même, il ne choisit pas une arrivée discrète !

Une arrivée digne d’un roi

Pour accueillir le peintre, Céret organise une réception spectaculaire. Dalí arrive en calèche avec Gala, au milieu d’un cortège comprenant notamment le conseil municipal, les pompiers, une banda et une cobla, cette formation musicale traditionnelle catalane.

La foule est immense. Les habitants veulent apercevoir celui que l’on surnomme le maître de Cadaqués, et les rues deviennent le décor d’un spectacle grandeur nature.

Dalí ne se contente pas de saluer poliment les personnes venues l’accueillir. Il est là pour se mettre en scène, et la ville lui offre un public à la hauteur de ses ambitions !

Le cortège se dirige vers la place Picasso. Rien que ce nom est amusant : voilà Dalí reçu sur une place qui rend hommage à un autre géant de l’art moderne, avec lequel il partage une histoire artistique complexe.

Mais le plus surprenant reste à venir. Pour son discours, Dalí se place sous un rhinocéros en carton. Oui, un rhinocéros ! Pas une statue antique ni un simple décor floral : un rhinocéros en carton, comme si la ville avait décidé de jouer le jeu de l’imagination jusqu’au bout.

Un mariage annoncé sous un rhinocéros

Sur la place Picasso, Dalí prononce un discours qui lui ressemble. Il annonce notamment son intention de renouveler son mariage avec Gala, qu’il aime profondément.

Ce détail peut surprendre : Dalí et Gala sont déjà mariés depuis longtemps. Leur union civile remonte à 1934, et ils ont également célébré un mariage religieux en 1958. En 1965, il ne s’agit donc pas de leur première union, mais d’une nouvelle annonce théâtrale du peintre.

Pourquoi parler de mariage de cette façon ? Dalí aimait transformer sa vie publique en spectacle. Chez lui, la frontière entre l’artiste, le personnage et la mise en scène était souvent très mince.

Et le rhinocéros n’était pas choisi au hasard dans son univers. Dalí s’intéressait beaucoup à cet animal et à sa corne, dont la forme l’intriguait. Il aimait les formes qui semblaient réunir les mathématiques, la nature et l’imaginaire. Le rhinocéros reviendra d’ailleurs à plusieurs reprises dans ses réflexions et ses créations.

À Céret, ce drôle de décor ajoute une touche surréaliste à un discours déjà extravagant. Je crois que, si j’avais été dans le public, j’aurais eu du mal à savoir si je devais écouter le peintre ou regarder le rhinocéros !

La résurrection de Dalí : un squelette et des papillons géants

Après le discours, la journée prend une tournure encore plus étonnante. Le cortège rejoint le sous-sol du syndicat d’initiative, où une cérémonie appelée « résurrection » est organisée.

Le décor est spectaculaire : des coccinelles et des papillons géants entourent un squelette d’environ deux mètres de haut. Celui-ci est muni d’un bras articulé capable d’offrir une rose au peintre. Son thorax s’ouvre également pour laisser passer une petite fille portant un bouquet de fleurs.

Vous imaginez le tableau ? Des insectes géants, un squelette mécanique et Dalí au milieu de tout cela ! On est loin d’une inauguration avec quelques discours et un ruban à couper.

Cette cérémonie fait écho à une obsession qui traverse toute la vie de l’artiste : la mort, la survie et le désir d’immortalité. Dalí était fasciné par les sciences, les transformations de la matière et les questions liées à la vie. Il aimait détourner ces thèmes en images étonnantes et en mises en scène provocatrices.

Le mot « résurrection » prend donc ici une dimension artistique et symbolique. Il ne s’agit évidemment pas d’un événement surnaturel, mais d’une performance organisée pour célébrer le peintre et son univers.

Le musée d’art moderne de Céret conserve le souvenir de cette journée, notamment grâce à des photographies de Dalí et Gala arrivant en calèche.

Et pour repartir, un wagon à marchandises !

Après cette journée riche en événements, on pourrait imaginer Dalí repartir dans une automobile luxueuse, escorté jusqu’à la sortie de la ville.

Eh bien non ! Selon le récit historique du musée d’art moderne de Céret, le peintre et sa suite regagnent Perpignan en wagon à marchandises.

Après la calèche, le rhinocéros et la cérémonie de résurrection, cette fin ressemble presque à une dernière plaisanterie. Le maître de l’extravagance quitte la scène d’une façon aussi inattendue qu’il y est entré.

On peut sourire de cette journée, mais elle raconte aussi quelque chose d’important : à Céret, l’art ne se limitait pas aux tableaux accrochés aux murs. Il pouvait descendre dans la rue, réunir les habitants et prendre la forme d’un spectacle collectif.

Ce que je retiens de cette journée

Céret est connue pour Picasso, Braque et son musée d’art moderne. Mais l’histoire de la visite de Dalí nous montre que la ville a aussi été le théâtre d’événements artistiques complètement hors du commun.

Le 27 août 1965, les habitants ont assisté à une journée où se mêlaient musique catalane, calèche, rhinocéros en carton, mariage annoncé et cérémonie surréaliste. Tout cela pour accueillir un artiste qui savait mieux que personne transformer sa propre présence en œuvre d’art.

Moi, je trouve que cette histoire résume parfaitement l’esprit de Dalí : impossible de faire les choses comme tout le monde !

Et vous, si vous deviez organiser aujourd’hui l’arrivée d’un artiste célèbre à Céret, que choisiriez-vous ? Une calèche, un cortège de géants catalans… ou un rhinocéros en carton grandeur nature ?

Personnellement, je vote pour le rhinocéros. Mais seulement s’il sait danser la sardane ! 😉

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