Le pont du Diable de Céret : quand le Diable s’en mêle !
Quand on arrive à Céret, il y a un monument qu’il est vraiment difficile de manquer. À l’entrée de la ville, juste au-dessus du Tech, se trouve un immense pont de pierre qui semble avoir été posé là pour impressionner les visiteurs.
Et il faut bien reconnaître une chose : ça marche !
Je connaissais évidemment le nom du pont du Diable, mais je ne savais pas vraiment ce qui se cachait derrière ce monument. Alors je suis allée le voir… et j’ai découvert un ouvrage médiéval beaucoup plus impressionnant que je ne l’imaginais.
Et puis, comme son nom le laisse deviner, il y a une histoire de Diable là-dessous. Mais commençons par le pont, parce qu’il mérite vraiment qu’on s’y intéresse !
Un pont vraiment impressionnant
Le pont du Diable, également appelé Vieux Pont de Céret, est un pont de pierre construit au XIVe siècle pour franchir le Tech.
Sa particularité saute immédiatement aux yeux : il ne possède qu’une seule arche.
Et quelle arche !
Elle mesure 45,45 mètres de portée et s’élève à 22,30 mètres au-dessus de la rivière. Pour vous donner une idée, imaginez une immense courbe de pierre qui franchit toute la rivière sans aucun pilier au milieu !
Au moment de son achèvement, en 1341, cette arche était même la plus longue arche en pierre du monde. Elle conserva ce record jusqu’en 1356, lorsqu’elle fut dépassée par le pont Scaliger, en Italie.
Pas mal pour un pont construit au Moyen Âge !
Aujourd’hui encore, je trouve assez incroyable de regarder cette immense arche et de se dire que des hommes ont réussi à construire ça il y a presque 700 ans, avec des moyens qui n’avaient évidemment rien à voir avec ceux dont disposent les ingénieurs modernes.
Une histoire vieille de sept siècles
La construction du pont commence en 1321 et s’achève en 1341. Les travaux sont financés par la ville de Céret, avec la participation financière de plusieurs communautés du Haut-Vallespir.
Il faut dire que les habitants avaient une bonne raison de vouloir construire un pont solide.
Avant celui-ci, le passage du Tech se faisait apparemment grâce à une simple passerelle constituée de planches posées sur de gros cailloux. Et le Tech, comme tous les torrents de montagne, n’était pas particulièrement tendre avec ce genre d’installation.
Lorsqu’un gros orage survenait, les eaux pouvaient emporter la passerelle.
Il fallait donc trouver mieux.
Les Cérétans construisirent alors ce gigantesque pont de pierre. Mais un ouvrage aussi audacieux allait forcément donner naissance à quelques histoires…
Et voilà le Diable !
Comme beaucoup de ponts anciens, celui de Céret possède sa propre légende diabolique.
On raconte que les habitants étaient désespérés de voir leurs passerelles régulièrement détruites par les crues du Tech. Ils auraient alors fini par conclure un marché avec le Diable.
Celui-ci leur proposa de construire un pont en une seule nuit.
En échange ?
L’âme du premier être qui traverserait l’ouvrage.
Évidemment, les Cérétans acceptèrent… mais ils avaient une petite idée derrière la tête.
Au moment de faire traverser le pont au premier être vivant, ils envoyèrent un chat !
Le Diable, furieux d’avoir été trompé, aurait alors quitté les lieux sans obtenir l’âme qu’il espérait.
Et voilà comment, selon la légende, les habitants de Céret auraient réussi à construire leur pont sans perdre personne.
Bon… je dois quand même vous dire quelque chose : cette histoire est loin d’être propre au pont de Céret. On retrouve des légendes très similaires autour de nombreux « ponts du Diable » en France et ailleurs en Europe.
Mais après tout, pourquoi gâcher une aussi bonne histoire ?
Moi, je préfère imaginer les habitants de Céret attendant tranquillement l’aube avec leur chat, pendant que le Diable se rend compte qu’il vient de se faire avoir !
Un pont qui a failli disparaître
Le pont a connu plusieurs réparations au XVIIIe siècle, notamment entre 1718 et 1762. Les murs de soutènement ont été repris, le pavage refait, les fissures réparées et plusieurs contreforts construits.
Mais son histoire aurait pu être beaucoup plus courte.
En 1793, pendant la guerre du Roussillon, le général Dagobert envisagea de détruire le pont afin de couper la route aux troupes espagnoles.
Heureusement pour les Cérétans, le conventionnel Joseph Cassanyes intervint et permit de sauver l’ouvrage.
Le pont fut finalement classé monument historique en 1840.
Un pont de cinéma !
Et comme si le pont du Diable n’avait pas déjà assez d’histoires à raconter, il a également servi de décor au cinéma.
Une scène du film Le Bossu, réalisé par André Hunebelle, y a notamment été tournée. Il s’agit de la scène dans laquelle trois spadassins sont envoyés en Espagne pour éliminer Lagardère, interprété par Jean Marais, ainsi que la fille du duc de Nevers.
Quand je regarde le pont maintenant, je ne vois donc plus seulement un monument médiéval.
J’imagine aussi des chevaliers, des chevaux, des épées… et un pauvre Diable qui vient de se faire berner par un chat !
Le pont du Diable, à voir absolument
Le pont est particulièrement facile à découvrir puisqu’il se trouve à l’entrée de Céret, sur la route venant du Boulou.
Un petit parking permet de s’arrêter à proximité et d’aller l’observer tranquillement.
Et franchement, je vous conseille de prendre le temps de le regarder depuis plusieurs endroits. La grande arche est impressionnante vue depuis le bord du Tech, mais elle l’est encore davantage lorsqu’on prend un peu de recul.
Je trouve qu’il résume assez bien ce que j’aime dans le patrimoine : un mélange d’histoire, de prouesse technique, de paysages et de petites histoires que l’on continue à raconter des siècles plus tard.
Et puis, entre nous…
Si jamais vous croisez un chat sur le pont, surveillez-le bien.
On ne sait jamais. 😺