Les Simiots : les mystérieuses créatures du Vallespir
Bonjour, c’est Aina !
Aujourd’hui, je vais vous parler de créatures assez particulières.
Elles vivent dans les légendes du Vallespir, elles ressemblent à des hommes et à des singes, elles sont plutôt méchantes…
Et surtout, elles ont une drôle de particularité :
Il n’y a pas de singes dans le Vallespir !
Alors pourquoi les habitants de cette vallée ont-ils imaginé des créatures mi-hommes, mi-singes ?
Mystère…
Mais une chose est certaine : les Simiots font partie des légendes les plus étonnantes du Vallespir.
Des créatures pas vraiment sympathiques
Les Simiots sont décrits comme des êtres démoniaques ou malfaisants, avec une apparence qui rappelle celle des singes. Je vous ai mis ci-dessous deux représentations qui figurent à gauche et à droite du portail de l’abbaye Sainte-Marie d’Arles-sur-Tech. Elles sont un peu en hauteur mais on les voit bien quand on est sur place.
Et ils n’étaient pas vraiment du genre à venir vous demander poliment si vous aviez du sucre.
Selon les récits, ils pouvaient s’introduire dans les maisons, s’attaquer aux habitants et même enlever des enfants.
Bref, si vous croisiez un Simiot au Moyen Âge, je vous déconseille fortement de lui proposer de faire une promenade.
Mais la légende la plus célèbre est liée à un moine d’Arles-sur-Tech : l’abbé Arnulfe.
Et c’est là que l’histoire devient vraiment intéressante.
Une vallée terrorisée
Il y a très longtemps, le Vallespir aurait été frappé par de terribles orages de grêle.
Les récoltes étaient détruites au moment même où les paysans espéraient enfin récolter le fruit de leur travail.
Les vignes perdaient leurs feuilles et leurs raisins.
Dans les champs, il ne restait plus que la paille.
Mais ce n’était pas le pire.
La région était également infestée d’animaux étranges et dangereux.
Certains ressemblaient à de gros chats.
D’autres…
À des singes.
Les habitants racontaient que ces créatures entraient dans les maisons, s’en prenaient aux enfants et les emportaient.
Tout le monde était terrorisé.
Les habitants se réunirent donc pour chercher une solution.
Et c’est alors qu’intervint Arnulfe, l’abbé du monastère bénédictin d’Arles-sur-Tech.
C’était, paraît-il, un homme pieux, sage et humble.
Il pensa que tous ces malheurs étaient peut-être une punition divine et qu’il fallait faire venir dans la vallée les reliques d’un saint.
Il décida donc de partir…
À Rome !
Le voyage un peu particulier d’Arnulfe
Arnulfe réussit à obtenir auprès du pape Jean XIII des reliques de deux saints : Abdon et Sennen.
Mais il restait un petit problème.
Il fallait maintenant les ramener jusqu’à Arles-sur-Tech.
Et faire voyager discrètement des reliques au Xe siècle n’était pas exactement aussi simple que de prendre le train jusqu’à Perpignan.
Arnulfe eut alors une idée plutôt ingénieuse.
Il fit fabriquer deux tonneaux spécialement aménagés avec trois compartiments.
Dans les compartiments du haut et du bas, on plaça du vin.
Et au milieu…
Les reliques !
Le voyage pouvait donc continuer sans attirer l’attention.
Imaginez la scène :
« Que transportez-vous ? »
« Du vin. »
« Rien d’autre ? »
« Absolument rien. »
Et hop !
Les reliques étaient cachées juste au milieu.
Grâce à cette astuce, Arnulfe réussit à ramener les précieux restes des saints jusqu’à Arles-sur-Tech.
Et les Simiots ?
C’est ici que la légende prend une tournure assez spectaculaire.
À peine les reliques arrivèrent-elles à Arles-sur-Tech que les Simiots…
disparurent !
Plus de créatures.
Plus d’enlèvements.
Plus de terreur.
Et les habitants purent enfin vivre tranquilles.
Depuis, les reliques de saint Abdon et de saint Sennen sont toujours conservées à Arles-sur-Tech.
Et les Simiots, eux, sont restés dans les histoires.
Enfin…
Pas seulement dans les histoires.
Ci-dessous, une repséentation d’une statue en haut-relief sur la façade de l’église Saint-Sauveur, à Arles-sur-Tech.
Les Simiots sont toujours là !
Si vous savez où regarder, on peut encore retrouver leurs représentations.
On en trouve notamment dans les sculptures du bestiaire fantastique de plusieurs édifices d’Arles-sur-Tech, comme l’abbaye Sainte-Marie et l’église Saint-Sauveur.
On en trouve également à Saint-André et à Sant Pere d’Albanyà, de l’autre côté des Albères, dans l’Alt Empordà.
Et il existe même une représentation peinte d’un Simiot datant du XVIe siècle dans l’armoire qui conserve les reliques des saints Abdon et Sennen, dans l’église d’Arles-sur-Tech.
Alors, la prochaine fois que vous visiterez Arles-sur-Tech…
Regardez bien les sculptures.
Observez les monstres, les animaux étranges et les personnages fantastiques.
Vous pourriez bien tomber sur un Simiot.
Mais rassurez-vous :
Ils sont en pierre ou en peinture.
Normalement.
Enfin…
J’espère.
Parce que si l’un d’entre eux se met à bouger, moi, je rentre immédiatement à la maison ! 😄