L’une des premières horloges mécaniques du monde était à Perpignan !

L’une des premières horloges mécaniques du monde était à Perpignan !

Bonjour, c’est Aina !

J’ai une question pour vous. Comment faisiez-vous pour savoir qu’il était midi au Moyen Âge ?

Vous regardiez votre téléphone ?

Non.

Votre montre ?

Encore moins.

Alors vous attendiez peut-être qu’une cloche sonne. Et justement, au palais des Rois de Majorque, à Perpignan, une cloche sonnait régulièrement…

Mais il y avait quelque chose de très particulier.

Personne n’avait besoin de tirer sur une corde.

La cloche sonnait toute seule !

Et ça, au XIVe siècle, c’était une petite révolution.

Une horloge sans aiguilles

Quand on imagine une horloge médiévale, on pense souvent à une grosse horloge avec un cadran et deux aiguilles.

Eh bien, oubliez tout ça !

L’horloge du palais des Rois de Majorque ne ressemblait pas vraiment à nos horloges actuelles.

C’était surtout un énorme mécanisme composé d’engrenages, de pièces métalliques, d’une structure en bois et de contrepoids.

Le principe était finalement assez simple : un poids descendait progressivement et entraînait les engrenages.

Le mécanisme actionnait alors un marteau qui venait frapper une cloche.

Une fois.

Puis une autre fois.

Et ainsi de suite, pour marquer les heures.

Pas de petit écran numérique.

Pas d’aiguilles.

Pas de « tic-tac » dans le salon.

Juste une énorme mécanique qui faisait…

DONG !

Mais pourquoi est-ce si extraordinaire ?

Parce qu’en 1356, les horloges mécaniques sont encore une technologie toute nouvelle.

Les premières apparaissent progressivement en Europe à partir de la fin du XIIIe siècle.

On en trouve notamment dans des monastères et des palais en Angleterre et en Italie. Milan en possède une dès 1336, et des mécanismes existent également à Modène et à Padoue.

Même le pape en a fait installer une au palais d’Avignon quelques années avant celle de Perpignan.

Mais à Paris ?

Pas encore.

À Londres, à Westminster ?

Pas encore non plus.

Alors imaginez la situation.

Nous sommes en 1356 et Perpignan possède une technologie que plusieurs grandes villes européennes n’ont pas encore !

Bon… je crois qu’on peut être un tout petit peu fiers. 😉

Et surtout, ce n’est pas une cloche comme les autres

Il y avait évidemment déjà des cloches dans les églises.

Mais elles fonctionnaient autrement.

Un religieux devait tirer sur une corde pour les faire sonner au moment des offices.

Au palais, c’est différent.

L’horloge donne l’heure civile et le fait automatiquement.

Personne n’a besoin de surveiller le mécanisme en permanence.

C’est un peu comme si, au XIVe siècle, quelqu’un venait d’inventer une première version médiévale de notre réveil.

Sauf qu’au lieu de faire « bip bip »…

Ça faisait DONG.

Et probablement beaucoup plus fort.

Pierre IV veut sa propre horloge

Et cette incroyable installation, nous la devons à Pierre IV d’Aragon.

Il vient de reprendre le royaume de Majorque après avoir vaincu Jacques III.

Pierre IV est un personnage assez impressionnant.

C’est un roi autoritaire et redoutable en politique, mais aussi un homme très curieux. Il s’intéresse notamment à l’astronomie, aux mathématiques et à l’astrologie, qui est alors considérée comme une véritable science.

Il décide donc de faire installer à Perpignan la première horloge mécanique de son royaume.

Et pour réaliser ce projet, il ne fait pas appel au premier artisan venu.

Il fait venir Antonio Bovelli…

L’horloger du pape !

Rien que ça.

Un chantier gigantesque

Construire une horloge mécanique au XIVe siècle n’est évidemment pas l’affaire d’un week-end.

Le chantier mobilise environ 600 hommes.

Le bois nécessaire à la charpente vient des forêts des Albères et des Corbières.

Et pour le fer, on ne va pas chercher très loin non plus : environ trois tonnes proviennent du Canigó.

La cloche, elle, est fondue le 25 août.

Le chantier devient même un véritable spectacle.

Le roi et sa famille viennent suivre l’avancement des travaux.

Mais ils ne sont pas les seuls à vouloir voir ce drôle de mécanisme.

Les habitants de Perpignan affluent en tellement grand nombre qu’il faut installer des palissades pour empêcher les curieux de s’approcher du chantier !

Je les comprends.

Moi aussi, j’aurais voulu voir ça.

Même si, avec 600 ouvriers et trois tonnes de fer, je serais probablement restée un peu en retrait…

Une technologie impressionnante… mais pas très précise

Il faut quand même éviter de comparer cette horloge à celle que vous avez au poignet.

Les horloges mécaniques de cette époque sont énormes, complexes et assez imprécises.

Elles ne permettent pas forcément de connaître l’heure à la minute près.

Leur véritable intérêt est surtout de rythmer la journée.

Elles annoncent régulièrement le passage des heures et permettent à toute une population de se repérer dans le temps.

C’est un changement énorme.

Pour la première fois, le temps n’est plus seulement rythmé par le soleil, les cloches des églises ou les habitudes religieuses.

Une machine peut désormais mesurer et annoncer les heures.

Le temps devient mécanique.

Et puis… tout s’arrête

L’horloge du palais va fonctionner pendant environ un demi-siècle.

Puis sa cloche se tait.

Le mécanisme finit par disparaître de l’usage et l’installation est oubliée.

Aujourd’hui, les deux cloches qui étaient associées au mécanisme sont conservées et présentées au public dans le palais.

Elles sont là, silencieuses, alors qu’elles ont autrefois rythmé la vie du palais.

Et je trouve ça assez amusant.

Pendant des siècles, ces cloches ont été là pour rappeler aux habitants que le temps passait.

Aujourd’hui, elles sont devenues des objets historiques qui nous obligent justement à nous arrêter quelques minutes pour regarder le passé.

Une horloge… et une drôle de fin de chantier

Ah, j’allais oublier un détail que j’adore.

Cette horloge a coûté très cher.

Alors, une fois le chantier terminé, il fallait bien essayer de récupérer un peu d’argent.

Les responsables ont donc revendu les surplus du chantier.

Et même…

Les paillasses utilisées par les ouvriers !

Oui.

On peut donc dire qu’au palais des Rois de Majorque, même les vieilles paillasses avaient droit à une deuxième vie. 😄

Et voilà comment, au XIVe siècle, Perpignan s’est retrouvée à la pointe de la technologie horlogère européenne.

Alors la prochaine fois que votre téléphone vous indique l’heure, pensez à cette énorme machine médiévale qui, il y a plus de 650 ans, faisait déjà exactement la même chose.

Bon…

Avec trois tonnes de fer, 600 ouvriers et une cloche.

C’était quand même un peu moins pratique à mettre dans une poche !

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