J’ai découvert un mot arabe caché dans le palais des Rois de Majorque !

J’ai découvert un mot arabe caché dans le palais des Rois de Majorque !

Bonjour, c’est Aina ! 😊

Lors de ma visite du palais des Rois de Majorque, à Perpignan, j’ai découvert qu’il y avait probablement des inscriptions… en arabe !

Vous allez peut-être avoir du mal à me croire…

Oui, oui… dans un palais construit pour des rois chrétiens, au cœur du Roussillon.

Quand je l’ai appris, j’ai cru à une erreur. Alors j’ai voulu en savoir plus.

Et l’histoire est bien plus fascinante que je ne l’imaginais.

Une décoration que personne ne comprenait

Pendant très longtemps, les visiteurs passaient devant ces peintures sans y prêter attention.

Les spécialistes eux-mêmes pensaient qu’il s’agissait simplement d’une frise décorative, une sorte de motif géométrique destiné à embellir les murs.

Il faut dire que ces inscriptions sont très discrètes.

Dans la salle du Trône, elles sont peintes autour d’une fenêtre, intégrées dans une décoration faite de trèfles stylisés, de rectangles rouges, verts et blancs, et de motifs colorés.

Dans la chapelle haute, une autre frise semblable court tout autour de la pièce.

À première vue, rien ne permet d’imaginer qu’il puisse s’agir d’une écriture.

Moi non plus, je ne l’aurais jamais deviné.

Une découverte inattendue

C’est pendant la Seconde Guerre mondiale que cette décoration est véritablement redécouverte.

Pendant près de quarante ans, on continue pourtant à la considérer comme un simple ornement.

Puis des spécialistes de la langue arabe commencent à l’étudier de plus près.

Parmi eux figurent des chercheurs des universités de Paris, Bordeaux et Perpignan, ainsi qu’un calligraphe spécialiste de l’écriture arabe.

Leur conclusion est étonnante.

Tous reconnaissent au minimum un mot parfaitement identifiable :

« Allah ».

Autrement dit…

« Dieu » en arabe.

À partir de là, plusieurs interprétations deviennent possibles.

Trois explications… et aucune certitude

C’est ce qui rend cette histoire si passionnante.

Les chercheurs ne sont pas tous d’accord, et c’est tout à fait normal : en histoire, il est souvent plus difficile de poser les bonnes questions que d’apporter des réponses définitives.

La première hypothèse est sans doute la plus célèbre.

Les inscriptions pourraient correspondre au début de la basmala, la formule qui ouvre presque toutes les sourates du Coran :

« Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux. »

Cette phrase est très fréquente dans l’art islamique médiéval. Selon la tradition musulmane, elle protège celui qui la prononce ou la porte contre les mauvais esprits.

Une deuxième hypothèse voit dans ces caractères une partie de la shahada, la profession de foi musulmane, qui affirme qu’il n’existe qu’un seul Dieu.

Enfin, une troisième explication est beaucoup plus prudente.

Les artistes auraient simplement reproduit une écriture arabe pour son élégance, sans chercher à transmettre un véritable message. Ce type de décoration existait déjà dans plusieurs édifices médiévaux, où l’écriture devenait presque un motif artistique.

À ce jour, aucune de ces hypothèses n’a été définitivement démontrée.

Mais pourquoi de l’arabe dans un palais chrétien ?

C’est probablement la question qui m’a le plus intriguée.

En réalité, au XIIIᵉ siècle, le monde méditerranéen était beaucoup plus ouvert qu’on ne l’imagine aujourd’hui.

Les royaumes chrétiens échangeaient sans cesse avec les territoires musulmans.

Les marchands voyageaient.

Les artisans circulaient.

Les artistes copiaient les techniques et les décors qu’ils admiraient.

L’art mudéjar, né dans l’Espagne médiévale, mélange justement les traditions chrétiennes et musulmanes.

On retrouve d’ailleurs des calligraphies arabes authentifiées dans plusieurs monuments chrétiens d’Espagne, mais aussi dans le sud de la France.

Le palais des Rois de Majorque s’inscrit parfaitement dans cette époque où les influences artistiques traversaient les frontières beaucoup plus facilement que les armées.

Un détail qui change complètement la visite

Je crois que c’est ce qui m’a le plus marquée.

Quand on visite le palais, on admire les tours, les chapelles et les grandes salles.

Mais savoir qu’il existe peut-être, sur un mur vieux de plus de sept cents ans, quelques mots écrits en arabe…

… cela change complètement le regard que l’on porte sur le monument.

On réalise alors que le Moyen Âge n’était pas un monde fermé.

Au contraire.

Les idées, les artistes, les techniques et les styles voyageaient déjà d’un bout à l’autre de la Méditerranée.

Alors, si un jour vous visitez le palais des Rois de Majorque, prenez le temps de lever les yeux.

Cherchez ces discrètes frises rouges, vertes et blanches.

Vous ne pourrez peut-être pas les lire…

Mais vous regarderez sûrement ces murs avec un œil complètement différent.

Et c’est peut-être ça que je préfère dans le patrimoine.

Parfois, il suffit d’un tout petit détail presque invisible pour raconter une immense histoire.

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