L’ermitage Saint Ferréol
🎒 Je vous dis tout !
- ⏱ Temps de visite : 45 minutes
- ❤️ Mon endroit préféré : la vue sur le Vallespir
- 👀 Le détail à ne pas manquer : les béquilles
- 📷 La plus belle photo : La façade de l’ermitage avec ses oliviers.
- 😊 Pour les enfants ? Oui, mais ça grimpe un peu !
- 🚶 Accessible ? Oui, mais les personnes en fauteuil roulant devront parfois se faire aider.
Sur cette page je t’emmène découvrir l’ermitage Saint-Ferréol, au-dessus de Céret.
Tu connais ces endroits où l’on a envie de revenir, même sans raison particulière ? Pour moi, l’ermitage Saint-Ferréol en fait partie.
La première fois que j’y suis montée, je pensais simplement découvrir une vieille chapelle perdue dans la campagne. En réalité, en arrivant sur place, on découvre un ensemble de bâtiments assez imposant. Pourtant, tout a commencé ici avec une simple chapelle construite par les moines bénédictins au XIIIᵉ siècle, sur des bases encore plus anciennes, probablement préromanes. Aujourd’hui encore, cet endroit reste très cher au cœur des habitants du Vallespir. Beaucoup viennent simplement pour profiter du calme ou passer un moment loin de l’agitation de la ville.
L’ermitage se trouve sur une petite colline des Aspres, à environ 300 mètres d’altitude. Si tu viens en voiture, il te faudra une dizaine de minutes depuis la sortie de Céret avant d’emprunter un petit chemin qui grimpe jusqu’au site. Mais si tu aimes marcher, je te conseille plutôt de partir du célèbre Pont du Diable. La randonnée dure environ une heure et permet de profiter tranquillement des paysages avant d’arriver à la chapelle.
Pourquoi les habitants aiment-ils autant cet endroit ?
Je crois que si je demandais aux Cérétans pourquoi ils montent à Saint-Ferréol, beaucoup me répondraient d’abord… « Pour la vue ! » Et franchement, ils auraient raison.
Depuis l’esplanade de l’ermitage, le panorama est magnifique. On aperçoit Céret juste en dessous, mais aussi Le Boulou, Saint-Jean-Pla-de-Corts, Le Perthus et toute la vallée du Tech. Au loin, le regard porte jusqu’à la Méditerranée, tandis que de l’autre côté se dresse le majestueux Canigou. Entre les deux, les Albères dessinent la frontière entre la France et l’Espagne. On comprend vite pourquoi tant de personnes aiment venir simplement s’asseoir ici quelques minutes.
Mais Saint-Ferréol n’est pas seulement un beau point de vue.
C’est aussi un lieu où les traditions sont toujours bien vivantes.
Chaque année, le 18 septembre, les habitants de Céret montent jusqu’à l’ermitage pour participer à l’Aplec de Saint-Ferréol. Beaucoup choisissent encore d’effectuer le trajet à pied, comme leurs ancêtres le faisaient déjà il y a plusieurs siècles. La journée débute dès l’aube avec une messe et l’exposition des reliques du saint. Ensuite, l’ambiance devient beaucoup plus festive : les sardanes prennent place sur l’esplanade et un grand repas rassemble les familles et les amis. C’est d’ailleurs cette tradition qui est à l’origine de la fête patronale de Céret.
Je trouve que c’est ce qui rend cet endroit si particulier. Beaucoup de chapelles anciennes sont aujourd’hui de simples monuments historiques. À Saint-Ferréol, on a au contraire l’impression que le lieu continue de vivre grâce aux habitants qui perpétuent ces traditions année après année.
En poussant la porte de la chapelle…
Après avoir admiré le paysage, j’ai enfin poussé la porte de la chapelle. De l’extérieur, elle paraît assez simple. Pourtant, quand on prend le temps de l’observer, on remarque vite qu’elle a beaucoup de caractère.
L’ermitage que l’on voit aujourd’hui est constitué de plusieurs bâtiments. Au centre se trouve la chapelle, reconstruite au XVIIIᵉ siècle à l’emplacement d’un édifice beaucoup plus ancien datant du XIIIᵉ siècle. Juste à côté se trouvent l’ancien logement de l’ermite et plusieurs bâtiments qui servaient autrefois à accueillir les nombreux pèlerins. En regardant l’ensemble, je me suis dit que cela ressemblait presque à un petit hameau construit autour de la chapelle.
Ce qui m’a tout de suite frappée, c’est la façade.
Elle est élégante sans être vraiment spectaculaire. Le grand portail est entouré de briques rouges plutôt que de pierres taillées, ce qui lui donne un style assez original. Au-dessus, un œil-de-bœuf apporte de la lumière à l’intérieur, tandis qu’un petit clocher abrite une unique cloche. Rien n’est vraiment extravagant, mais l’ensemble dégage une impression de simplicité qui correspond parfaitement à un ermitage.
Une fois à l’intérieur, mon regard a été attiré par le magnifique retable en bois polychrome. Il est vraiment remarquable, et je comprends pourquoi un important chantier de restauration lui a été consacré récemment. Les restaurateurs ont nettoyé les sculptures, traité le bois contre les insectes, consolidé les parties fragiles et redonné tout son éclat à la polychromie. Un travail immense, mais indispensable pour préserver ce patrimoine.
Mais je vais te faire une confidence… Ce n’est pas le retable qui m’a le plus impressionnée.
Sur un des murs, on découvre des dizaines d’ex-voto, ces petits témoignages laissés par des personnes venues remercier Saint Ferréol pour une grâce ou une protection reçue. Juste à côté, des cannes et des béquilles rappellent que beaucoup de pèlerins espéraient ici une guérison ou venaient remercier le saint après avoir retrouvé la santé.
Je trouve que ce sont souvent ces objets très simples qui racontent le mieux la vie d’un lieu. Ils nous rappellent que, pendant des siècles, des hommes et des femmes sont montés jusqu’ici avec leurs espoirs, leurs inquiétudes et leurs prières.
En levant les yeux, j’ai aussi remarqué une tribune aménagée au-dessus de la porte d’entrée. Puis, en faisant le tour de l’extérieur, je suis tombée sur un cadran solaire restauré qui porte une inscription assez surprenante :
« Crains ta dernière heure. »
Je ne sais pas pour toi, mais ce n’est pas exactement le genre de message auquel je m’attendais en visitant un ermitage ! Cela rappelle cependant que ce lieu invitait aussi les pèlerins à réfléchir au temps qui passe et à la fragilité de la vie.
Le petit détail qui m’a intriguée…
Il y a pourtant une chose que presque tout le monde risque de manquer.
Comme beaucoup de visiteurs, j’étais sur le point de quitter la chapelle lorsque j’ai aperçu le bénitier.
En m’approchant, j’ai découvert une inscription gravée dans la pierre :
« Llaurens Cros, fill d’Illa, ermita de Sant Ferriol, estat 44 anys esclau a Constantinople, 1705. »
En français, cela signifie :
« Laurent Cros, natif d’Ille, ermite de Saint-Ferréol, a été quarante-quatre ans esclave à Constantinople. »
Je suis restée quelques instants à regarder cette phrase. Quarante-quatre ans, c’est presque toute une vie.
On ignore beaucoup de choses sur Laurent Cros, mais cette simple inscription suffit à éveiller l’imagination. Comment cet homme est-il arrivé jusqu’à Constantinople ? Comment a-t-il réussi à retrouver les Pyrénées-Orientales après tant d’années ? Et pourquoi a-t-il choisi de devenir ermite ici, à Saint-Ferréol ?
J’aime beaucoup ce genre de détail. On visite un monument pour son histoire, son architecture ou son panorama… et finalement, ce sont parfois quelques mots gravés dans une pierre qui restent le plus longtemps en mémoire.
Alors, avant de quitter la chapelle, je me suis dit qu’il devait forcément s’y cacher une histoire passionnante…
Et justement, c’est ce que je vais te raconter.
L’histoire de l’ermitage
Les premiers documents qui parlent de l’ermitage remontent à 1235. À cette époque, il faisait partie d’un legs de Raymond de Llauro. Les moines bénédictins de l’abbaye d’Arles-sur-Tech en étaient les bâtisseurs et ils entretenaient des liens étroits avec l’abbaye de Moissac.
C’est justement grâce à ces liens que l’histoire de Saint-Ferréol devient passionnante. Au moment de la croisade contre les Albigeois, certaines reliques conservées à Moissac risquaient d’être perdues. Les moines décidèrent alors de les mettre en sécurité dans un lieu plus discret. Parmi elles se trouvaient des fragments des reliques de saint Ferréol et de saint Julien. Leur présence transforma peu à peu cette petite chapelle en véritable sanctuaire.
Au fil des siècles, les habitants de Céret développèrent une grande dévotion envers saint Ferréol. La chapelle est encore mentionnée à plusieurs reprises au XVIᵉ siècle et, en 1620, une marguillerie dépendant de celle de Céret y est créée. Les cloches que l’on voit aujourd’hui datent même de 1608.
À cette époque, les pèlerins étaient déjà nombreux. Ils avaient pourtant un problème : il n’y avait presque pas d’eau sur cette colline. La petite source ne suffisait plus et il fallut aménager une fontaine en 1697, puis la modifier de nouveau en 1818 afin de faciliter l’approvisionnement.
En 1655, un événement bouleversa définitivement l’histoire de l’ermitage. Une terrible épidémie de peste frappa Céret. Lorsque le fléau prit fin, les habitants attribuèrent leur salut à l’intercession de saint Ferréol. Depuis, chaque 18 septembre, ils montent encore jusqu’à l’ermitage lors de l’Aplec de Saint-Ferréol. La journée commence par une procession et une messe à l’aube avant de laisser place aux sardanes et au grand repas champêtre. C’est d’ailleurs l’origine de la fête patronale de Céret.
Devant l’affluence toujours plus importante, la vieille chapelle devint trop petite. Entre 1772 et 1775, elle fut entièrement reconstruite et agrandie. Les bâtiments destinés à accueillir les pèlerins furent également construits à cette époque, même si leur extension prévue fut interrompue par la Révolution française.
L’ermitage connut ensuite des heures plus difficiles. Pendant les combats de 1793, il servit de point stratégique lors de la bataille de Céret. L’année suivante, le comte de la Unión y trouva refuge et tenta même de sauver le sanctuaire des destructions. Malgré cela, après l’occupation espagnole, la Convention nationale désacralisa l’ermitage en 1795.
Heureusement, cette situation ne dura pas longtemps. En 1805, le pape Pie VII autorisa officiellement le retour du sanctuaire à sa vocation religieuse.
Plus près de nous, l’ermitage a encore connu quelques épreuves. En 1975, un incendie détruisit plusieurs bâtiments annexes, mais la chapelle fut épargnée. Et tout récemment, durant l’été 2026, un important chantier de restauration a permis de redonner tout son éclat au magnifique retable et aux sculptures qu’il abrite.
En quittant la chapelle, je me suis alors posé une autre question.
Qui était vraiment Saint Ferréol, ce personnage auquel tant d’habitants de Céret sont restés fidèles pendant des siècles ?
Mais au fait… qui était Saint Ferréol ?
En réalité, Ferréol n’était pas un ermite, ni un moine.
C’était un tribun militaire de l’armée romaine au début du IVᵉ siècle. Bien qu’il ait été enrôlé de force, il était chrétien. Lorsque les persécutions contre les chrétiens commencèrent, il tenta de protéger saint Julien de Brioude. Arrêté, emprisonné puis évadé, il réussit à traverser le Rhône à la nage. Mais sa fuite fut de courte durée : des soldats romains le rattrapèrent sur les bords du Gier et le mirent à mort, probablement en 303 ou 304.
Son courage marqua profondément les premiers chrétiens. Après sa mort, il fut reconnu comme martyr et son culte se développa dans plusieurs régions. C’est d’ailleurs pour cette raison que son nom a été donné à plusieurs églises, dont l’ermitage de Céret que nous venons de visiter.
Je trouve que c’est toujours intéressant de connaître l’histoire de la personne à laquelle un monument est dédié. Tout à coup, ce n’est plus seulement une vieille chapelle perdue sur une colline : elle devient le témoignage d’une mémoire qui traverse les siècles.
Et si cette visite t’a plu…
Saint-Ferréol est loin d’être un cas unique.
À partir du XVIIᵉ siècle, les ermitages se sont multipliés dans les Pyrénées-Orientales. Presque chaque village possédait le sien. L’ermite n’était pas seulement un homme vivant à l’écart du monde. Les habitants venaient aussi le consulter pour demander un conseil, parler de leurs difficultés ou trouver un peu de réconfort. Il jouait souvent un rôle important dans la vie du village.
C’est peut-être pour cela que ces lieux dégagent encore aujourd’hui une atmosphère si particulière.
Si tu as aimé découvrir Saint-Ferréol, je t’emmènerai bientôt visiter d’autres ermitages tout aussi étonnants.
Nous irons par exemple partir jusqu’à Notre-Dame de Pène, près de Cases-de-Pène, grimper à Saint-Vincent d’Estagel, découvrir le célèbre ermitage de Font-Romeu, admirer Notre-Dame de Tanya, à Laroque-des-Albères, ou encore rejoindre Sainte-Anne des Quatre Termes, au cœur des Aspres. Chacun possède son histoire, son paysage et ses petites surprises.
Et moi…
J’ai déjà très envie qu’on aille les explorer ensemble !