Quand le grand gel de 1956 a failli faire disparaître les oliviers du Roussillon

Quand le grand gel de 1956 a failli faire disparaître les oliviers du Roussillon

Quand on pense aux paysages des Pyrénées-Orientales, on imagine facilement les vignes, le Canigou, les vergers… et bien sûr les oliviers.

Aujourd’hui, je trouve presque normal de voir leurs petits troncs tortueux dans les paysages du Roussillon. Mais il y a quelques décennies, tout aurait pu être très différent.

Parce qu’en 1956, les oliviers du département ont vécu un hiver terrible.

Et certains ont vraiment cru que l’olivier avait disparu pour de bon.

150 000 oliviers avant le gel

Au début de l’année 1956, l’oléiculture occupe encore une place importante dans les Pyrénées-Orientales. Le département compte alors environ 800 hectares d’oliviers et 150 000 arbres. Il existe également encore plusieurs moulins à huile qui transforment les récoltes locales.

L’olivier n’est donc pas seulement un arbre que l’on rencontre ici ou là dans les campagnes.

C’est une véritable culture agricole, ancienne, qui fait travailler des producteurs et alimente des moulins.

Et puis arrive février 1956.

Le froid s’installe pendant plusieurs semaines. Dans les Pyrénées-Orientales, les températures descendent très bas : -22 °C sont relevés à Sauto. Et le froid est accompagné par une tramontane particulièrement violente, avec des rafales annoncées jusqu’à 150 km/h, voire 175 km/h au cap Béar.

Pour les oliviers, c’est une catastrophe.

Le froid qui brûle les oliviers

L’olivier est pourtant réputé pour sa résistance.

Mais il existe une limite.

Et l’hiver 1956 la dépasse largement.

Les arbres sont durement touchés par le gel. Beaucoup meurent, d’autres sont tellement abîmés qu’ils ne peuvent plus produire normalement. Dans plusieurs secteurs, les oliveraies sont abandonnées.

Les conséquences dépassent largement les champs.

Un olivier ne produit pas seulement des olives : il fait vivre tout un petit monde autour de lui. Il faut récolter les fruits, les transporter, les presser et commercialiser l’huile.

Lorsque les oliviers disparaissent, les moulins perdent donc leur matière première.

C’est ce qui explique pourquoi le gel de 1956 marque un véritable coup d’arrêt pour l’oléiculture roussillonnaise.

Et parmi les moulins touchés se trouve celui de Millas.

Le moulin de Millas, témoin de la catastrophe

À Millas, le moulin à huile existe depuis 1920 et devient la coopérative « La Catalane » en 1941.

Il traverse lui aussi la terrible période du gel de février 1956.

Pendant plusieurs années, l’activité oléicole locale est très fortement réduite. Il ne suffit pas de réparer un moulin : il faut d’abord retrouver des oliviers capables de produire suffisamment d’olives.

C’est là que l’histoire devient intéressante.

Parce que les Roussillonnais ne vont finalement pas abandonner complètement l’olivier.

Les oliviers refusent de disparaître

Après le gel, certains arbres repartent depuis leur souche. D’autres sont replantés.

Petit à petit, l’olivier revient dans les paysages.

La relance prend véritablement de l’ampleur dans les années 1970. À Millas, 1976 marque une nouvelle étape : après un plan de relance, une poignée de passionnés permet à la culture de l’olivier de redémarrer et au moulin de rouvrir.

Ce n’est donc pas seulement une histoire de disparition.

C’est aussi une histoire de renaissance.

Des parcelles abandonnées sont remises en culture, de nouvelles plantations apparaissent et les variétés locales sont progressivement rejointes par d’autres variétés.

Aujourd’hui encore, la coopérative de Millas rassemble des producteurs venus de tout le département et travaille avec une quinzaine de variétés d’olives.

De 150 000 arbres à une nouvelle génération

Ce qui me frappe dans cette histoire, c’est l’écart entre les deux époques.

En 1956, les Pyrénées-Orientales comptaient environ 150 000 oliviers.

Le gel a presque anéanti cette culture.

Et pourtant, quelques décennies plus tard, l’olivier est de nouveau bien présent dans le département. La culture s’est reconstruite progressivement, avec des oliveraies anciennes remises en valeur et de nouvelles plantations. Le moulin de Millas constitue aujourd’hui encore l’un des principaux outils collectifs de cette filière.

L’histoire de l’olivier dans les Pyrénées-Orientales n’est donc pas celle d’une vieille culture disparue.

C’est plutôt celle d’un arbre qui a connu un énorme coup de froid… au sens propre comme au figuré !

Et quand je regarde aujourd’hui les oliviers du Roussillon, je me dis qu’ils ont quand même une sacrée revanche à prendre sur l’hiver 1956.

Aina

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