La bataille de Peyrestortes : la petite borne qui raconte une grande bataille
🎒 Le sac à dos d’Aina
Pour cette visite, pas besoin de grand-chose !
| Dans mon sac | Pourquoi ? |
|---|---|
| 👟 De bonnes chaussures | Le monument est facile d’accès, mais autant être à l’aise. |
| 💧 Une gourde | Parce qu’une balade sans eau, c’est toujours une mauvaise idée ! |
| 📱 Un téléphone | Pour photographier le monument… et chercher ce qu’on vient de découvrir ! |
| 📖 Un peu de curiosité | Indispensable. C’est elle qui transforme une simple colonne en véritable machine à remonter le temps. |
Je connais cette petite colonne depuis que je suis toute petite.
Quand j’étais enfant, je passais souvent par ici à vélo. Je la voyais au bord de la route, sur les hauteurs, pas très loin de l’aéroport. Une vieille borne en pierre, un peu isolée, que je ne regardais finalement pas beaucoup plus que ça.
Et puis un jour, mon grand-père m’a expliqué ce qu’elle commémorait.
Ah.
Tout de suite, elle est devenue beaucoup plus intéressante !
Parce que cette petite colonne rappelle en réalité une bataille qui s’est déroulée ici en 1793, pendant la Révolution française. Une bataille suffisamment importante pour arrêter l’avancée de l’armée espagnole en Roussillon et empêcher, notamment, que Perpignan tombe aux mains des Espagnols.
Alors, forcément, quand je suis revenue voir ce monument, je ne l’ai plus regardé de la même manière.
Une guerre aux portes du Roussillon
Pour comprendre ce qui s’est passé ici, il faut remonter à 1793.
La Révolution française inquiète beaucoup les monarchies européennes. Lorsque Louis XVI est exécuté, l’Espagne entre à son tour en guerre contre la République française, le 17 avril 1793.
Et l’armée espagnole n’arrive pas les mains dans les poches !
Elle est nombreuse, bien équipée et surtout composée de soldats expérimentés. Commandée par le général Antonio Ricardos, elle pénètre dans le Roussillon avec environ 25 000 hommes et une centaine de canons.
En face, l’armée française des Pyrénées-Orientales est dans une situation beaucoup moins confortable. Elle est en grande partie constituée de recrues récentes, qui manquent d’expérience.
Les Espagnols avancent donc rapidement.
Ils prennent le Perthus, progressent dans la vallée du Tech, occupent plusieurs villes et villages et se rapprochent dangereusement de Perpignan.
Et c’est là que les choses commencent à devenir sérieuses.
Peyrestortes devient un camp espagnol
Les Espagnols cherchent à contourner Perpignan par le nord.
À partir du mois de septembre, ils s’installent notamment sur les hauteurs de Peyrestortes. Le 10 septembre, un important camp espagnol est établi ici, avec environ 10 000 fantassins et 2 000 cavaliers.
Imaginez un peu le paysage !
Aujourd’hui, on voit des routes, l’aéroport, des champs et quelques bâtiments. Mais en septembre 1793, cette campagne était occupée par des milliers de soldats, des chevaux, des canons, des armes et des campements.
Et surtout, cette position espagnole est dangereuse : elle coupe les communications françaises avec Narbonne et menace directement Perpignan.
Les Français doivent réagir.
Des troupes sont rassemblées autour de la ville et sur les positions du Vernet. D’autres soldats arrivent en renfort, notamment ceux commandés par Joseph Cassanyes, un personnage important de cette campagne militaire.
La confrontation devient inévitable.
Le 17 septembre 1793
La bataille commence le 17 septembre.
Les Espagnols lancent plusieurs attaques, notamment depuis Peyrestortes en direction du Vernet. Les Français sont d’abord malmenés et doivent céder certaines positions.
Mais ils reçoivent des renforts.
Et cette fois, les Français passent à l’attaque.
Le combat devient particulièrement violent. Les troupes françaises avancent vers le camp espagnol tandis que l’artillerie ouvre le feu. Une partie des soldats contourne les positions ennemies pour les prendre à revers.
Puis les Français donnent l’assaut.
À certains endroits, les combats se déroulent à la baïonnette, au corps à corps. Les Espagnols résistent, lancent plusieurs contre-attaques, notamment avec leur cavalerie, mais finissent par être repoussés.
La bataille se poursuit jusque tard dans la journée.
Vers 22 heures, les forces espagnoles sont en déroute et se replient au-delà de la Têt.
Les Français viennent de remporter une victoire majeure.
Une victoire qui change tout
La bataille de Peyrestortes n’est pas simplement une petite victoire locale.
Elle met un coup d’arrêt à l’avancée espagnole en Roussillon.
Les Espagnols ne parviennent pas à prendre Perpignan et doivent abandonner leur position de Peyrestortes.
Le bilan humain est terrible. Les Espagnols auraient perdu environ 800 hommes, auxquels s’ajoutent 1 500 blessés et 1 200 prisonniers. Du côté français, environ 300 soldats sont tués.
Les Français récupèrent également plusieurs dizaines de canons, des obusiers et d’importantes réserves d’armes et de matériel.
Pour une armée française jusque-là en difficulté, cette victoire est donc particulièrement importante.
Et moi, forcément, quand je regarde aujourd’hui cette petite colonne, je pense à tout ce qui s’est déroulé autour d’elle.
Des milliers de soldats étaient ici.
Et aujourd’hui…
Il n’y a plus grand monde.
Juste quelques voitures qui passent.
Une colonne pour ne pas oublier
Il faudra attendre plus d’un siècle avant qu’un monument rappelle officiellement cette bataille.
À la fin du XIXe siècle, une souscription publique est organisée pour financer un monument commémoratif. Il est finalement inauguré le 6 mars 1898, en présence de nombreuses personnalités locales et militaires.
L’architecte est M. Carbasse et l’entrepreneur M. Condine.
La colonne porte une inscription rendant hommage à l’armée des Pyrénées-Orientales qui combattit ici sous la conduite des conventionnels Cassanyes et Fabre et des généraux d’Aoust et Goguet.
C’est donc bien toute l’armée qui est honorée ici, et pas seulement un homme.
Le monument est installé sur les hauteurs, à proximité de l’endroit où se déroula la bataille. Aujourd’hui, des travaux ont permis de mieux sécuriser et mettre en valeur le site.
Et c’est une bonne chose, parce que sans ce monument, il serait vraiment difficile d’imaginer que cet endroit paisible a été, pendant une journée de septembre 1793, un champ de bataille.
Une petite borne, une grande histoire
Je trouve finalement assez amusant que ce soit mon grand-père qui m’ait appris l’histoire de ce monument.
Quand j’étais petite, je passais devant sans vraiment savoir ce qu’il racontait. Pour moi, c’était juste une vieille colonne au bord de la route.
Maintenant, je sais qu’elle rappelle une bataille décisive de la guerre du Roussillon.
Alors si vous passez dans le secteur, prenez quelques minutes pour vous arrêter.
Regardez la colonne.
Lisez son inscription.
Et essayez d’imaginer les milliers de soldats qui occupaient ces terres en 1793.
C’est ça que j’aime avec le patrimoine : parfois, il suffit d’une vieille pierre pour faire apparaître tout un morceau d’histoire.
Et grâce à mon grand-père, cette petite colonne fait désormais partie de mes souvenirs à moi aussi.